Des nouvelles de Madagascar

Publié le 4 Octobre 2010

Installé à Madagascar depuis dix jours , me voilà pour une mise à jour du terrain. Je mène mes recherche sur Antananarivo (Tana) pour l’instant, cette ville énorme qui laisse vivre ses contradictions, trilogie d'incompatibilité entre le volume du trafic routier, le modèle de voitures et l'air irrespirable qui est par contre respiré. Antananarivo est le dos d'un dragon dormeur et rêveur avec 12 vertèbres, que sont les collines de Tana. Comme chaque figure mythique, elle ne laisse pas sans surprise. Chaque jour les situations sont les plus inattendues, les plus rencontrées et les plus différentes. Les scènes quotidiennes parlent par des marchés bruyants, des gens souriants devant toi, vahaza, étranger et devant la vie.


Parfois elle aussi est étrangère à ceux qui la vive. La situation générale, du moins la vision qui en découle après une dizaine de jours sur place, résulte être plutôt complexe, riche en nuances. On pourrait parler longtemps du gel des aides de la part des bailleurs de fonds internationaux, on pourrait discuter du taux de participation du peuple à la vie du pays, c'est-à-dire le niveau de démocratie. Ce mot tellement court, avec des applications tellement bariolées, perd tout son sens dans un contexte où une grande partie des habitants demeure analphabète. Nous pourrions parler aussi des conséquences d’origine proprement économique qui, bien évidement ont des effets non négligeables et visibles au sein de la société  : chômage pour exemple, avec tout ce que ce terme implique dans la positivité de certaines approches quotidiennes (reconversion en vendeur à la sauvette par exemple), dans sa négativité : actions de moralité douteuse voir illégales (trafic de bois de rose ou contrefaçon de farine...). Nous pourrions raconter aussi la vie de chaque famille malgache, la ténacité de chaque femme dans la rue vivant avec ses enfants, parfois pas plus âgé d’ un an, au milieu du trafic urbain semblable aux années 40. Nous pourrions parler aussi des enfants négligés, de ceux qui sont exploités, des orphelins, de ceux qui sont refusés pour croyances dans certaines régions. Nous pourrions parler des femmes qui doivent maintenir 4-5 personnes, des fils qui prennent la mendicité comme une mission, une contribution à la famille, participation au famadihana (cérémonie du retournement des morts qui est couteuse pour les familles).


Et ils le font peut-être comme une évidence envers la vie.


Nous pourrions parler de tout ça et bien plus que ça, mais demeure l’évidence de l’ampleur des problématiques qui ne sont pas toutes envisageables dans cet article.

 

Quel est le niveau de conscience de la problématique concernant les enfants et les mères en situation difficile chez les institutions? Et la société, en tant que telle, que fait-elle ? Il semble qu’une partie des habitants d’ Antananarivo ne se sent pas très impliquée par rapport aux problèmes liées aux enfants de rue, ici appelés Quat'mis. Leur réponse quand ce n'est pas la simple « tolérance » c'est le rejet, le mépris. Je veux vous raconter une anecdote, qui bien sur est loin de se vouloir immoler une généralisation néfaste des attitudes mais qui, à mon avis est indicative du regard porté, par certains, envers les enfants de rue. Je m'étais assis dans un bus, j'étais en train d'aller en centre ville. A l'arrêt une fillette se montre et elle demande de l'argent aux voyageurs. La personne qui était à côté de moi l'a indiqué en improvisant un pistolet avec ses mains sales. La fillette est partie, balayée par un manche de bois appelé légèreté. Puis avec un air de satisfaction, il se tourne vers moi et il me dit quelque chose en malgache. Toujours avec une ostentation fastidieuse de sa pénible attitude. Je le regarde et je lui demande la raison de son geste. Il ne comprend pas peut-être, j’ai dit peut-être. J’ai répété ma question. Sombre devient son visage et la tête il baisse en signe de honte, de défaite pour ne pas avoir trouvé un allié à son comportement.

 

L'enfant, entendu comme catégorie comprenant les deux sexes, est employé souvent dans des travaux très différents, de la traction de charrettes, et du pousse-pousse, à la vente ambulante de journaux, cigarettes et chaque chose qui puisse vous venir à l'esprit. Ceci fait partie même de leur façon d’apprendre la vie d’où la critique des parents envers un système éducatif trop théorique qui apparemment ne leur donnerait pas les atouts nécessaires pour affronter la vie. Ils apprennent vite et quand il s’agit d exploitation, car parfois c’ est le cas, ils opposent moins de résistances. Au delà de certains aspects, que je suis en train d'analyser car je dois prendre en considération la globalité du problème, il se trouve qu’une partie de la population reste dans la proposition, avec des idées qui ne trouvent pas d’applications, du fait que ce genre de questions ne le regardent pas directement. A leur avis, il faudrait que ceux qui travaillent dans le domaine, les « experts », ONG notamment, s’en chargent. D’un autre côté il y a tout un réseau d'ONG, d’origines diverses (laïc, d’inspiration catholique, locales, étrangères..), qui travaillent aux côtés des plus démunis, des plus vulnérables : tel est le cas des enfants de rue et des jeunes mères. Ce que suis en train de faire est de prendre contact avec ces réalités, dans leur ensemble en tachant de discerner chacune de leurs approches, de leurs méthodologies de travail, de leur vision.

 

Fabrizio De Angeli - 30 septembre 2010

 

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Credit Photo: Fabrizio De Angeli

Rédigé par InMaLanka

Publié dans #Terrains Madagascar

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